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Apprentissage de l’autonomie en classe

Enfants qui expérimentent

Mon expérience d’enseignant de sciences physiques

Je souhaite partager ici succinctement une partie de mon expérience d’enseignant de sciences en collège qui m’a amené à proposer une « méthode de travail » faisant la part belle à l’autonomie des élèves. Je pense que cette expérience peut servir à d’autres enseignants, en sciences comme dans d’autres matières, qui sauront peut-être en tirer profit et l’améliorer.

Je ne suis ni un théoricien, ni un expert ; j’ai juste 17 ans de pratique de la classe comme bagage, quelques lectures pédagogiques, un certain nombre de discussions sur le métier d’enseignant, et le désir profond de proposer une manière de faire qui s’adresse à tous les élèves. Dans ce court article, je vais tâcher d’aller droit au but afin de ne pas m’égarer en chemin dans des considérations annexes. Celles-ci viendront en leur temps, si cet article fait réagir quelques lecteurs.

Un cours classique a l’avantage de la clarté, mais l’inconvénient du manque d’action.

Malgré tous les reproches que l’on peut faire à un cours classique, l’enseignant déroulant son cours tout en amenant les élèves à réfléchir, celui-ci a l’avantage, pour peu qu’il ait été bien construit, de proposer des énoncés clairs et un cours qui progresse en toute logique pour mettre en avant la substantifique moelle de ce qu’il y a à comprendre. La plupart des élèves s’y retrouvent très bien et apprécient qu’on leur mâche ainsi le travail, ce qui est bien normal. L’inconvénient principal de cette manière de faire -je parle surtout pour le collège- tient au manque d’engagement de certains élèves, souvent ceux qui auraient le plus besoin d’être actifs et attentifs pour sortir de leur passivité.

Pour tenter de pallier à cet inconvénient, j’ai souhaité mettre mes élèves en action dans l’autonomie, et pour ce faire, après plusieurs années de tâtonnements, j’ai organisé le travail en cycles de plusieurs semaines de travail autonome qui s’appuyaient sur le calendrier scolaire, entre chaque période de vacances. Ainsi, dès la première heure de cours, en septembre, les élèves se voyaient donner une liste de 6 à 8 sujets de manipulations qui correspondaient à une partie du programme et qu’ils devaient traiter en binôme jusqu’aux vacances de la Toussaint. Ce faisant, j’annonçais qu’une partie de ces sujets (4/5 environ) devraient faire l’objet de comptes-rendus écrits qui seraient notés. Le plan desdits comptes-rendus, clairement explicité dans un document qui leur était fourni, était toujours le même : objectif – recherches – schéma de montage – protocole expérimental – observations – conclusion. Et à partir de là, je posais une feuille sur mon bureau en leur disant : « Si vous avez la moindre question, vous inscrivez vos prénoms et je vous appelle. »

Et quel que soit le problème, nous en discutons.

Ce que j’attendais d’eux ? C’est qu’ils fassent de leur mieux, à commencer par prendre une feuille de brouillon, ouvrir leurs livres et commencer à chercher des idées tout en prenant des notes. Si quelques élèves n’avaient pas leurs livres ou souhaitaient en consulter un autre, j’avais d’anciens exemplaires à disposition. S’ils ne comprenaient pas le sujet, ils devaient venir en discuter. S’il y avait besoin de vérifier une définition, j’avais des dictionnaires à disposition. Pour effectuer d’autres recherches, un ordinateur était connecté à Internet dans la classe. Quel que soit le problème rencontré, s’ils ne trouvaient pas de réponse auprès de leurs camarades, ils devaient venir m’en faire part pour qu’on trouve comment le traiter. Et dès qu’ils avaient une proposition de manipulation, ils devaient tracer un schéma de montage et écrire un protocole expérimental, au brouillon, et venir me les montrer afin que je puisse vérifier auprès de chaque binôme, chaque élève, dans quelle mesure il avait compris les tenants et les aboutissants du sujet traité. Et quand j’estimais que la préparation était suffisante, je les autorisais à prendre, sur un chariot qui était à côté de ma table, le matériel dont ils avaient besoin pour réaliser la manipulation qu’ils avaient imaginée et qu’ils rangeraient seuls une fois qu’ils auraient terminé.

Ici, si vous avez déjà pris conscience de l’activité que créait une telle organisation, vous pouvez penser qu’il y avait un risque de manque de surveillance. Mais je n’ai quasiment jamais eu de souci de matériel, car les élèves avaient suffisamment fait d’efforts pour accéder au matériel qu’ils n’avaient pas du tout l’intention de gâcher ce moment par une agitation intempestive. Vous pouvez également vous dire que les élèves devaient parler entre eux. Oui, mais le bruit dû au travail se distingue très bien du bruit des bavardages, et autant j’apprécie le premier, autant je tolère peu le second ! En fait quand vous avez une classe dont l’essentiel des mouvements et des échanges sont causés de le souci de bien faire, je peux vous dire que c’est une ambiance extrêmement plaisante et gratifiante pour un enseignant. Quel plaisir de voir des élèves actifs, forces de propositions et heureux de se saisir de cet espace d’autonomie qui leur était proposé ! Et si certains élèves étaient sollicités par d’autres groupes pour les aider à mieux comprendre, c’était tant mieux ! C’était d’ailleurs ce que je souhaitais, voir les élèves échanger des informations entre eux, avec leurs mots et leurs sensibilités.

Et les élèves s’organisent comme ils le souhaitent dans un cadre clair.

Quoi qu’il en soit, chaque binôme avait l’opportunité de s’organiser à sa guise, d’apporter des variantes aux expériences proposées dans les livres, et d’avancer à son rythme. Certains s’arrangeaient pour avancer le travail écrit en classe, d’autres préféraient passer plus de temps à manipuler et prévoyaient d’écrire leur compte rendu à la maison. Certains préféraient tout faire ensemble quand d’autres se répartissaient les tâches. Etc.

Après les deux ou trois premières heures de manipulations s’enclenchait un cycle de corrections qui indiquait à quelle date tel ou tel sujet serait corrigé, ce qui donnait aux retardataires une date limite pour rendre leurs comptes-rendus. En effet, le temps du cours ne pouvait pas être entièrement réservé à manipuler, mais le temps consacré aux manipulations devait être de 60 à 70 % du temps global.

Passer le plus de temps possible à faire manipuler les élèves.

Quand ça se passait bien, ce qui était le cas pour une majorité d’élèves, les séances étaient denses et je pouvais passer l’essentiel de mon temps à voir défiler les élèves au bureau avec des propositions ou des questions. Parfois, quand le cours était bien lancé, j’avais quelques minutes de répit où je pouvais en profiter pour les observer dans leur travail. Quel plaisir de vivre de tels moments !… Mais ce n’était pas toujours le cas, car certains élèves gèrent très mal le fait de se retrouver en autonomie. Parfois même -il faut l’avoir vécu pour en prendre pleinement conscience- ce sont des classes entières qui se montrent inaptes à se prendre en main. Et là, malgré quelques tentatives de ma part pour les aider à lire ou à se poser des questions, ça n’était pas du tout la même ambiance… et les notes s’effondraient. Mais je ne souhaite pas développer sur ce sujet. Je préfère m’arrêter là et attendre de voir quelles réactions pourra susciter ce rapide retour d’expérience. Est-il clair ? Est-il susceptible d’intéresser d’autres enseignants ? Y a-t-il besoin de développer certains points ? C’est vous qui me le direz.

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